Les petits santons

Par: Chants de Noël

Dans une boîte en carton,
Sommeillent les petits santons.
Le berger, le rémouleur
Et l'enfant Jésus Rédempteur.
Le Ravi qui le vit est toujours ravi.
Les moutons, en coton
Sont serrés au fond
Un soir, alors,
Paraît l'étoile d'or
Et tous les petits santons
Quittent la boîte de carton.
Naïvement, dévotement,
Ils vont à Dieu porter leurs voeux
Et leur chant, est touchant
Noël, joyeux Noël,
Noël joyeux de la Provence.
Le berger comme autrefois
Montre le chemin aux trois rois.
Et ces rois ont pour suivants,
Des chameaux chargés de présents.
Leurs manteaux sont très beaux
Dorés au pinceau.
Et ils ont le menton
Noirci au charbon.
De bon matin,
J'ai vu passer leur train
Ils traînaient leurs pauvres pieds
Sur les gros rochers de papier.
Naïvement, dévotement,
Ils vont à Dieu porter leurs voeux
Et leur chant, est touchant
Noël, joyeux Noël,
Noël joyeux de la Provence.
Dans l'étable de bois blanc,
Il est là le divin enfant.
Entre le boeuf au poil roux
Et le petit âne à l'oeil doux.
Et l'enfant vagissant
Murmure en dormant.
"Les jaloux, sont des fous,
Humains aimez-vous."
Mais au matin,
Joyeux Noël prend fin
Et tous les petits santons
Regagnent la boîte en carton.
Naïvement, dévotement,
Ils dormiront dans du coton,
En rêvant, de doux chants.
Noël, joyeux Noël,
Noël joyeux de la Provence

Vaucluse - Terres de Provence - Saveur, Savoir faire, et Traditions
Les fêtes Calendales ou Noël en Vaucluse

Décembre

1 Se Florence
2 Se Viviane
3 S François-Xavier
4 Se Barbe
5 S Gérald
6 S Nicolas
7 S Ambroise
8 Imm. Conception
9 S Pierre Fourrier
10 S Romaric
11 S Daniel
12 Se J.F. de Chantal
13 Se Lucie
14 Se Odile
15 Se Ninon
16 Se Alice
17 S Judicaël
18 S Gatien
19 S Urbain
20 S Théophile
21 S Pierre Canisius
22 Se Françoise-Xav.
23 S Armand
24 Veillée de Noël
25 NOËL
26 S Etienne
27 S Jean l'Apôtre
28 Ss Innocents
29 S David
30 Sainte Famille
31 S Sylvestre

Li Calendo

En Provence, le terme provençal "calendal" caractérise tout ce qui se rapporte à Noël, cette fête solennelle, à la fois par son sens divin et ses prolongements humains.

Li Calendo ! les calendes de Noël, temps bénis entre tous en Provence ! Temps de fêtes longuement préparées et profondément pensées dans le respect des traditions, la ferveur et l’émotion des rites.

Elles revêtent un caractère familial et s'étalent du 4 Décembre, jour de la Ste Barbe au 6 Janvier, jour de l'Epiphanie.

Durant cette petite quarantaine, toute la culture provençale revit. Crèches, santons, cantiques, pastorales animent ce moment émouvant où brille l’espoir d’un renouveau. Sans oublier, après la messe de minuit,  le "gros souper" et ses 13 desserts ! 

Janvier

1 Jour de l'An
2 S Basile
3 Se Geneviève
4 S Odilon
5 S Edouard
6 Epiphanie
7 S Raymond
8 S Lucien
9 Baptême du Christ
10 S Guillaume
11 S Paulin
12 Se Tatiana
13 Se Yvette
14 Se Nina
15 S Remi
16 S Marcel
17 Se Roseline
18 Se Prisca
19 S Marius
20 S Sébastien
21 Se Agnès
22 S Vincent
23 S Barnard
24 S François Sales
25 Conv. S Paul
26 Se Paule
27 Se Angèle
28 S Thomas d'Aquin
29 S Gildas
30 Se Martine
31 Se Marcelle


C'est le premier plaisir des fêtes Calendales, et l'une des traditions les plus vivaces. Le 4 décembre, on sème dans 1 ou 3 soucoupes, quelques grains de blé ou des lentilles que l'on prendra soin d'arroser chaque jour jusqu'à la Chandeleur. En naîtront de jolies touffes vertes, prémices des moissons futures.

Si les grains ont bien germé, on dit que la récolte sera bonne ; si les grains ont pourri, il faudra s'attendre à de tristes moissons !

La plus belle des soucoupes ornera la table de Noël, les autres iront dans la crèche, parmi les rochers et les buissons. Elles seront transplantées après la Chandeleur, aux quatre coins des champs cultivés pour en assurer la fertilité.

L'almanach provençal nous apprend que Ste Barbe vivait au IIIème siècle ; patronne des mineurs et des artificiers, on la fête le 4 Décembre. Ce jour-là, on sème dans plusieurs soucoupes, dans lesquelles on aura auparavant déposé une couche de mousse fraîche, quelques grains de blé et des lentilles arrosés d'un peu d'eau. Pendant les 20 jours qui séparent la Ste Barbe de Noël, et c'est le premier plaisir de cette période, ces graines germeront et formeront de jolies touffes vertes, prémices des moissons futures.

Le 25 décembre, si les grains ont bien germé l'on dit que la récolte sera bonne ; si les grains ont pourri, il faut s'attendre à de tristes moissons !

La plus belle des soucoupes sera placée sur la table de Noël, les autres iront dans la crèche, parmi les rochers et les buissons.

Le 6 janvier, pour fêter l'arrivée des trois Rois Mages, "li tres Réi" , il est une coutume à présent largement répandue qui est celle de "tirer les rois". En Provence, ce n'est pas une galette de pâte feuilletée fourrée de pâte d'amandes amères ou frangipane, mais plutôt une véritable couronne de brioche aromatisée à la fleur d'oranger et garnie de fruits confits d'Apt et décorée de cerises confites et de sucre cristallisé. Ce jour là on peut disposer dans la crèche les trois figurines représentant les rois accompagnés de leur escorte. Il y a tout d'abord Balthazar, roi d'âge mûr aux cheveux mi-longs, représenté debout il est vêtu comme les rois de France et apporte la myrrhe, symbole de connaissance ; vient ensuite Gaspard, le roi maure, jeune et imberbe qui porte turbans et pantalons bouffants et offre de l'encens reconnaissant ainsi le caractère divin de l'enfant nouveau-né ; enfin, le roi Melchior s'approche, il est le plus âgé représenté à genoux avec sa barbe blanche, il tend un coffret d'or à l'enfant roi.

Dans une nouvelle intitulée "Gaspard, Melchior et Balthazar" l'écrivain Michel Tournier a raconté l'histoire émouvante d'un quatrième Roi Mage, Taor de Bangalore, qui venait des Indes mais ne serait parvenu à destination après un douloureux voyage, que pour voir le Christ crucifié sur le Mont Golgotha.

C'est un moment important de la vie familiale en Provence que celui où l'on dispose en famille les santons ou "petits saints" souvent transmis de père en fils, dans la crèche, mot qui désigne la mangeoire qui servit de berceau à Jésus.

L'origine de la crèche provençale remonte à l'Italie du XIIe siècle avant de franchir nos frontières et être adaptée "à la provençale". La Révolution française en interdisant les pratiques religieuses a favorisé leur usage en incitant chaque famille à fêter Noël dans son foyer autour de ces scènes de la Nativité. La crèche authentique est en fait une représentation idéale du village provençal où chacun a sa place y compris les animaux domestiques tout en côtoyant l'étable avec la Sainte Famille, l'âne et le bœuf, l'étoile à queue de comète qui guidera plus tard les rois mages, et les villageois qui viennent leur rendre visite.

Cette belle tradition provençale ne tarda pas à gagner toutes les régions de France. La crèche est démontée et soigneusement rangée le jour de la Chandeleur.





Mais la crèche, c'est avant tout le santon, du provençal "santoun" qui signifie "petit saint".

Tous les santons sont issus d'un moule original représentant de multiples personnages populaires provençaux.

Il fabrique ensuite un moule en plâtre, plus rarement en résine. Le santon est ensuite ébarbé au socle et dans son pourtour avant une deuxième pression à la main sur le moule : on le laisse sécher à l'ombre puis on l'ébarbe à nouveau une fois sec.

Les animaux domestiques sont tous présents également en grand nombre, outre l'âne et le bœuf qui veillent sur l'enfant roi, on trouve aussi les moutons et les chèvres, les chiens, les poules et les chevaux des gardians, le chameau des rois, l'ours du boumian, les pigeons sur le toit en compagnie du coq qui réveille les habitants du village pour aider l'ange Bouffareù avec sa trompette, mais un seul en est à jamais banni : le chat. Associé aux pratiques de sorcellerie il a été interdit de crèche par Saint François d'Assise nous dit la légende. Une autre légende prétend même que pour inaugurer un nouveau four, le santonnier met à cuire un chat d'argile jusqu'à ce qu'il casse. Le mauvais sort est ainsi conjuré.

Outre les cantiques et les Noëls chantés, la messe de minuit et le temps de Noël en général, se caractérisent également par l'usage très répandu des Pastorales. Si elles étaient à l'origine jouées à l'église même, elles sont depuis largement sorties de l'enceinte sacrée des lieux de culte. Véritable mystères au sens du théâtre médiéval, elles évoquent avec des variations suivant leur créateur, la Nativité et la dévotion générale autour de l'Enfant Jésus. Le tout est situé dans un village de Provence où chaque habitant est "mis en scène". Chacun porte le costume traditionnel alors même que les Divins protagonistes sont habillés en costumes antiques.

La première pastorale fut jouée à Toulon le 25 décembre 1333 sous le titre de "La jeunesse de la Vierge et la naissance de Jésus Christ". Depuis, les provençaux ont créé de nombreuses représentations théâtrales de la Nativité. Ecrite en 5 actes, le dialogue, dans la langue de Mistral, y est imagé et volontiers satirique, se moquant gentiment des travers de la population locale. Des personnages truculents y apparaissent régulièrement comme "Pistachié" digne représentant des farces de bateleurs à l'effet comique assuré.

La plus célèbre des pastorales est la pastorale Maurel, connue d'abord sous le nom de pastorale de l'abbé Julien qui l'avait inspiré et qui fut composé par Antoine Maurel en 1844. De nombreuses représentations de cette pastorale sont régulièrement jouées à travers le Vaucluse durant tous les douze jours situés entre Noël et l'Epiphanie et parfois même jusqu'à la Chandeleur. D'autres pastorales réputées sont celles de Bellot, de Moyne de Sarrians, du Théâtre Chave, celle d'Audibert ou celle de l'abbé Thorer. Celle d'Yves Michel de Lagnes est la seule en langue française.

La tradition de célébrer une messe à minuit le 24 décembre remonterait au Ve siècle et le rayonnement provençal de cet office de Noël n'est plus à souligner. Avant la messe proprement dite, a lieu la veillée : c'est un instant de recueillement agrémenté de chants et de musique. Les "Noëls" y sont à l'honneur. Ce terme de "Noël" désigne habituellement un chant ou cantique en langue provençale par lequel les poètes traduisaient à la fois la ferveur religieuse et les traditions locales. Le "Noël" est en effet chanté en forme de dialogue et se prête fort bien aux jeux scéniques retrouvés dans la pastorale : les plus célèbres sont ceux du Vauclusien Nicolas Saboly (1614-1675), dont Frédéric Mistral disait "qu'ils feraient pleurer d'émotion toute une église". Durant cette période il écrivit plus de 80 "Noëls" chantés à deux ou plusieurs voix accompagnés de flûtes, galoubets, fifres et tambourins. les plus anciens étant les "Noëls provençaux" de Notre-Dame des Doms en Avignon écrits entre 1570 et 1610.

Outre les cantiques et les Noëls chantés, le cérémonial de la messe de minuit comporte une animation particulière au moment de l'offrande, le Pastrage : La présentation d'un agneau à la messe de minuit fait partie du rituel. C'est ce que l'on appelle le "Pastrage", qui vient de pâtre : le Berger. Les bergers en longue robe de bure, un cierge à la main, l'un d'eux portant un petit agneau de lait, s'avancent lentement vers le maître-autel, précédés du galoubet et du tambourin. Devant l'autel, l'agneau est offert au prieur qui le prend dans ses bras. Le berger fait le récit du voyage que lui et ses compagnons ont dû faire, à travers collines et vallons, avant leur adoration. D'autres offrandes peuvent avoir lieu : de beaux fruits, des légumes, du poisson, une fougasse..., suivant les villages et suivant les régions, chacun ayant à cœur d'offrir ses meilleurs produits. Tous ces acteurs revêtent le costume de leur profession. C'est donc un cortège hétéroclite et bigarré, mais empreint d'une grande ferveur, qui s'avance alors vers l'autel accompagné de groupes folkloriques.

Certaines messes de minuit comme à Séguret, sont particulièrement belles puisque la Sainte Crèche y est représentée par des personnages vivants qui représentent la Nativité durant tout l'office.

De retour de la messe de minuit où l'on s'est rendu souvent à pied et en famille, on finit en général les desserts restants mais avant tout on dispose l'Enfant Jésus dans la crèche entre ses Saints Parents et sous la protection de l'âne et du bœuf. Traditionnellement c'est le plus jeune des enfants de la famille qui est chargé de cette installation avant la distribution des cadeaux.
 

Le Gros Souper

Le gros souper qui suit la cérémonie du cacho-fio, est en fait un repas maigre qui permet d'attendre l'heure de se rendre à la messe de minuit.

La façon de dresser la table est très réglementée : trois nappes blanches décorées de trois bougies symbolisant le mystère de la Sainte Trinité et de quelques branches de houx à boules rouges pour représenter la Passion du Christ ainsi que deux coupelles contenant le blé de Sainte-Barbe aux extrémités. Le pain calendal marqué de la croix christique et douze plus petits pains sont au centre en souvenir du Christ et des douze Apôtres. Un couvert supplémentaire est toujours prévu pour le pauvre susceptible de se présenter durant la soirée.

Le menu traditionnel est maigre et comporte sept plats qui correspondent aux sept douleurs de la Vierge. Accompagné du vin nouveau, il commence par une salade frisée qui rappelle les cheveux bouclés du Divin Enfant et sera toujours suivi des treize desserts. (suite p.5)

Les légumes dégustés sur la table calendale sont le chou-fleur, le cardon, le céleri, l'artichaut, servis soit à l'huile d'olive pressée, soit en sauce blanche ou encore accompagnés d'une anchoïade, et ont une touche indéniable d'austérité. Tout repas maigre implique la présence de poisson, le plat traditionnel restant la morue séchée en raïto ou l'alose du Rhône à Avignon. Les escargots à l'aïoli sont aussi souvent servis par la maîtresse de maison.

L'austérité du repas est quelque peu oubliée avec le nombre des desserts : ils sont au nombre de treize en l'honneur de Jésus Christ et de ses apôtres. La liste peut varier selon les régions et leurs spécialités et sont souvent préparés par la maîtresse de maison. Elle est composée en principe de fruits frais ramassés dans le jardin et de fruits secs dont la couleur rappelle la robe des ordres mendiants (carmes, franciscains, dominicains, augustins, capucins).

Les treize desserts :
- le nougat blanc et noir,
- la fougasse ou pompe à huile trempée dans un vin cuit,
- les fruits confits,
- les dattes,
- les mandarines,
- les "mendiants" : noix, amandes, figues sèches et noisettes, et puis, du raisin, des pommes, des poires et des pruneaux voire encore des coings et des plaquemines (kakis). Certaines listes comprennent également le "cachat piquant" qui est la plupart du temps composé de restes de fromages de chèvres qui ont été rassemblés dans un bocal d'huile d'olive aromatisée.

Selon les régions, on trouvera également les croquants aux amandes, les pralines, les bugnes ou autres "douceurs" locales. La bûche de Noël est apparue sur la table calendale depuis plusieurs décennies en souvenir de la cérémonie du cacho-fio. Plus tard, au retour de la messe de minuit, afin de se ragaillardir, on dégustera le "sauvo-crestian" (sauve chrétien), des grains de raisins muscats macérés dans l'eau de vie, le ratafia de cerises ou la carthagène (vin préparé à base d'eau de vie) le tout ayant souvent été souvent préparé dans la cave du maître de maison.


Li Calendo