
Les petits santons
Par: Chants de Noël
| Dans une boîte en carton, Sommeillent les petits santons. Le berger, le rémouleur Et l'enfant Jésus Rédempteur. Le Ravi qui le vit est toujours ravi. Les moutons, en coton Sont serrés au fond Un soir, alors, Paraît l'étoile d'or Et tous les petits santons Quittent la boîte de carton. Naïvement, dévotement, Ils vont à Dieu porter leurs voeux Et leur chant, est touchant Noël, joyeux Noël, Noël joyeux de la Provence. Le berger comme autrefois Montre le chemin aux trois rois. Et ces rois ont pour suivants, Des chameaux chargés de présents. Leurs manteaux sont très beaux Dorés au pinceau. Et ils ont le menton Noirci au charbon. De bon matin, |
J'ai vu passer leur train Ils traînaient leurs pauvres pieds Sur les gros rochers de papier. Naïvement, dévotement, Ils vont à Dieu porter leurs voeux Et leur chant, est touchant Noël, joyeux Noël, Noël joyeux de la Provence. Dans l'étable de bois blanc, Il est là le divin enfant. Entre le boeuf au poil roux Et le petit âne à l'oeil doux. Et l'enfant vagissant Murmure en dormant. "Les jaloux, sont des fous, Humains aimez-vous." Mais au matin, Joyeux Noël prend fin Et tous les petits santons Regagnent la boîte en carton. Naïvement, dévotement, Ils dormiront dans du coton, En rêvant, de doux chants. Noël, joyeux Noël, Noël joyeux de la Provence |
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| Les fêtes Calendales ou Noël en Vaucluse |
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Décembre 1 Se Florence |
En Provence, le terme provençal "calendal"
caractérise tout ce qui se rapporte à Noël, cette fête solennelle, à la fois par son sens
divin et ses prolongements humains. |
Janvier 1 Jour de l'An |

C'est le premier
plaisir des fêtes Calendales, et l'une des traditions les plus vivaces. Le 4
décembre, on sème dans 1 ou 3 soucoupes, quelques grains de blé ou des lentilles
que l'on prendra soin d'arroser chaque jour jusqu'à la Chandeleur. En naîtront
de jolies touffes vertes, prémices des moissons futures.
Si les grains ont bien germé, on dit que la récolte sera bonne ; si les grains
ont pourri, il faudra s'attendre à de tristes moissons !
La plus belle des soucoupes ornera la table de Noël, les autres iront dans la
crèche, parmi les rochers et les buissons. Elles seront transplantées après la
Chandeleur, aux quatre coins des champs cultivés pour en assurer la fertilité.
L'almanach provençal nous apprend que Ste Barbe vivait au IIIème siècle ;
patronne des mineurs et des artificiers, on la fête le 4 Décembre. Ce jour-là,
on sème dans plusieurs soucoupes, dans lesquelles on aura auparavant déposé une
couche de mousse fraîche, quelques grains de blé et des lentilles arrosés d'un
peu d'eau. Pendant les 20 jours qui séparent la Ste Barbe de Noël, et c'est le
premier plaisir de cette période, ces graines germeront et formeront de jolies
touffes vertes, prémices des moissons futures.
Le 25 décembre, si les grains ont bien germé l'on dit que la récolte sera bonne
; si les grains ont pourri, il faut s'attendre à de tristes moissons !
La plus belle des soucoupes sera placée sur la table de Noël, les autres iront
dans la crèche, parmi les rochers et les buissons.

Le
6 janvier, pour fêter l'arrivée des trois Rois Mages, "li tres Réi" , il est
une coutume à présent largement répandue qui est celle de "tirer les rois". En
Provence, ce n'est pas une galette de pâte feuilletée fourrée de pâte
d'amandes amères ou frangipane, mais plutôt une véritable couronne de brioche
aromatisée à la fleur d'oranger et garnie de fruits confits d'Apt et décorée
de cerises confites et de sucre cristallisé. Ce jour là on peut disposer dans
la crèche les trois figurines représentant les rois accompagnés de leur
escorte. Il y a tout d'abord Balthazar, roi d'âge mûr aux cheveux mi-longs,
représenté debout il est vêtu comme les rois de France et apporte la myrrhe,
symbole de connaissance ; vient ensuite Gaspard, le roi maure, jeune et
imberbe qui porte turbans et pantalons bouffants et offre de l'encens
reconnaissant ainsi le caractère divin de l'enfant nouveau-né ; enfin, le roi
Melchior s'approche, il est le plus âgé représenté à genoux avec sa barbe
blanche, il tend un coffret d'or à l'enfant roi.
Dans une nouvelle intitulée "Gaspard, Melchior et Balthazar" l'écrivain Michel
Tournier a raconté l'histoire émouvante d'un quatrième Roi Mage, Taor de
Bangalore, qui venait des Indes mais ne serait parvenu à destination après un
douloureux voyage, que pour voir le Christ crucifié sur le Mont Golgotha.
C'est un moment important de la vie familiale en Provence que celui où l'on
dispose en famille les santons ou "petits saints" souvent transmis de père en
fils, dans la crèche, mot qui désigne la mangeoire qui servit de berceau à
Jésus.
L'origine de la crèche provençale remonte à l'Italie du XIIe siècle avant de
franchir nos frontières et être adaptée "à la provençale". La Révolution
française en interdisant les pratiques religieuses a favorisé leur usage en
incitant chaque famille à fêter Noël dans son foyer autour de ces scènes de la
Nativité. La crèche authentique est en fait une représentation idéale du
village provençal où chacun a sa place y compris les animaux domestiques tout
en côtoyant l'étable avec la Sainte Famille, l'âne et le bœuf, l'étoile à
queue de comète qui guidera plus tard les rois mages, et les villageois qui
viennent leur rendre visite.
Cette belle tradition provençale ne tarda pas à gagner toutes les régions de
France. La crèche est démontée et soigneusement rangée le jour de la
Chandeleur.


Mais
la crèche, c'est avant tout le santon, du provençal "santoun" qui signifie
"petit saint".
Tous les santons sont issus d'un moule original représentant de multiples
personnages populaires provençaux.
Il fabrique ensuite un moule en plâtre, plus rarement en résine. Le santon est
ensuite ébarbé au socle et dans son pourtour avant une deuxième pression à la
main sur le moule : on le laisse sécher à l'ombre puis on l'ébarbe à nouveau une
fois sec.
Les animaux domestiques sont tous présents également en grand nombre, outre l'âne et
le bœuf qui veillent sur l'enfant roi, on trouve aussi les moutons et les
chèvres, les chiens, les poules et les chevaux des gardians, le chameau des
rois, l'ours du boumian, les pigeons sur le toit en compagnie du coq qui
réveille les habitants du village pour aider l'ange Bouffareù avec sa trompette,
mais un seul en est à jamais banni : le chat. Associé aux pratiques de
sorcellerie il a été interdit de crèche par Saint François d'Assise nous dit la
légende. Une autre légende prétend même que pour inaugurer un nouveau four, le
santonnier met à cuire un chat d'argile jusqu'à ce qu'il casse. Le mauvais sort
est ainsi conjuré.

Outre les cantiques et les Noëls chantés, la messe de minuit et le temps de Noël en général, se
caractérisent également par l'usage très répandu des Pastorales. Si elles
étaient à l'origine jouées à l'église même, elles sont depuis largement sorties
de l'enceinte sacrée des lieux de culte. Véritable mystères au sens du théâtre
médiéval, elles évoquent avec des variations suivant leur créateur, la Nativité
et la dévotion générale autour de l'Enfant Jésus. Le tout est situé dans un
village de Provence où chaque habitant est "mis en scène". Chacun porte le
costume traditionnel alors même que les Divins protagonistes sont habillés en
costumes antiques.
La première pastorale fut jouée à Toulon le 25 décembre 1333 sous le titre de
"La jeunesse de la Vierge et la naissance de Jésus Christ". Depuis, les
provençaux ont créé de nombreuses représentations théâtrales de la Nativité.
Ecrite en 5 actes, le dialogue, dans la langue de Mistral, y est imagé et
volontiers satirique, se moquant gentiment des travers de la population locale.
Des personnages truculents y apparaissent régulièrement comme "Pistachié" digne
représentant des farces de bateleurs à l'effet comique assuré.
La plus célèbre des pastorales est la pastorale Maurel, connue d'abord sous le
nom de pastorale de l'abbé Julien qui l'avait inspiré et qui fut composé par
Antoine Maurel en 1844. De nombreuses représentations de cette pastorale sont
régulièrement jouées à travers le Vaucluse durant tous les douze jours situés
entre Noël et l'Epiphanie et parfois même jusqu'à la Chandeleur. D'autres
pastorales réputées sont celles de Bellot, de Moyne de Sarrians, du Théâtre
Chave, celle d'Audibert ou celle de l'abbé Thorer. Celle d'Yves Michel de Lagnes
est la seule en langue française.

La tradition de célébrer une messe à minuit le 24 décembre remonterait au Ve siècle et le rayonnement
provençal de cet office de Noël n'est plus à souligner. Avant la messe
proprement dite, a lieu la veillée : c'est un instant de recueillement agrémenté
de chants et de musique. Les "Noëls" y sont à l'honneur. Ce terme de "Noël"
désigne habituellement un chant ou cantique en langue provençale par lequel les
poètes traduisaient à la fois la ferveur religieuse et les traditions locales.
Le "Noël" est en effet chanté en forme de dialogue et se prête fort bien aux
jeux scéniques retrouvés dans la pastorale : les plus célèbres sont ceux du
Vauclusien Nicolas Saboly (1614-1675), dont Frédéric Mistral disait "qu'ils
feraient pleurer d'émotion toute une église". Durant cette période il écrivit
plus de 80 "Noëls" chantés à deux ou plusieurs voix accompagnés de flûtes,
galoubets, fifres et tambourins. les plus anciens étant les "Noëls provençaux"
de Notre-Dame des Doms en Avignon écrits entre 1570 et 1610.
Outre les cantiques et les Noëls chantés, le cérémonial de la messe de minuit
comporte une animation particulière au moment de l'offrande, le Pastrage : La
présentation d'un agneau à la messe de minuit fait partie du rituel. C'est ce
que l'on appelle le "Pastrage", qui vient de pâtre : le Berger. Les bergers en
longue robe de bure, un cierge à la main, l'un d'eux portant un petit agneau de
lait, s'avancent lentement vers le maître-autel, précédés du galoubet et du
tambourin. Devant l'autel, l'agneau est offert au prieur qui le prend dans ses
bras. Le berger fait le récit du voyage que lui et ses compagnons ont dû faire,
à travers collines et vallons, avant leur adoration. D'autres offrandes peuvent
avoir lieu : de beaux fruits, des légumes, du poisson, une fougasse..., suivant
les villages et suivant les régions, chacun ayant à cœur d'offrir ses meilleurs
produits. Tous ces acteurs revêtent le costume de leur profession. C'est donc un
cortège hétéroclite et bigarré, mais empreint d'une grande ferveur, qui s'avance
alors vers l'autel accompagné de groupes folkloriques.
Certaines messes de minuit comme à Séguret, sont particulièrement belles puisque
la Sainte Crèche y est représentée par des personnages vivants qui représentent
la Nativité durant tout l'office.
De retour de la messe de minuit où l'on s'est rendu souvent à pied et en
famille, on finit en général les desserts restants mais avant tout on dispose
l'Enfant Jésus dans la crèche entre ses Saints Parents et sous la protection de
l'âne et du bœuf. Traditionnellement c'est le plus jeune des enfants de la
famille qui est chargé de cette installation avant la distribution des cadeaux.
Le Gros Souper
Le gros souper qui
suit la cérémonie du cacho-fio, est en fait un repas maigre qui permet
d'attendre l'heure de se rendre à la messe de minuit.
La façon de dresser la table est très réglementée : trois nappes blanches
décorées de trois bougies symbolisant le mystère de la Sainte Trinité et de
quelques branches de houx à boules rouges pour représenter la Passion du
Christ ainsi que deux coupelles contenant le blé de Sainte-Barbe aux
extrémités. Le pain calendal marqué de la croix christique et douze plus
petits pains sont au centre en souvenir du Christ et des douze Apôtres. Un
couvert supplémentaire est toujours prévu pour le pauvre susceptible de se
présenter durant la soirée.
Le menu traditionnel est maigre et comporte sept plats qui correspondent aux
sept douleurs de la Vierge. Accompagné du vin nouveau, il commence par une
salade frisée qui rappelle les cheveux bouclés du Divin Enfant et sera
toujours suivi des treize desserts. (suite p.5)
Les légumes dégustés sur la table calendale sont le chou-fleur, le cardon, le
céleri, l'artichaut, servis soit à l'huile d'olive pressée, soit en sauce
blanche ou encore accompagnés d'une anchoïade, et ont une touche indéniable
d'austérité. Tout repas maigre implique la présence de poisson, le plat
traditionnel restant la morue séchée en raïto ou l'alose du Rhône à Avignon.
Les escargots à l'aïoli sont aussi souvent servis par la maîtresse de maison.
L'austérité du repas est quelque peu oubliée avec le nombre des desserts : ils
sont au nombre de treize en l'honneur de Jésus Christ et de ses apôtres. La
liste peut varier selon les régions et leurs spécialités et sont souvent
préparés par la maîtresse de maison. Elle est composée en principe de fruits
frais ramassés dans le jardin et de fruits secs dont la couleur rappelle la
robe des ordres mendiants (carmes, franciscains, dominicains, augustins,
capucins).
Les treize desserts :
- le nougat blanc et noir,
- la fougasse ou pompe à huile trempée dans un vin cuit,
- les fruits confits,
- les dattes,
- les mandarines,
- les "mendiants" : noix, amandes, figues sèches et noisettes, et puis, du
raisin, des pommes, des poires et des pruneaux voire encore des coings et des
plaquemines (kakis). Certaines listes comprennent également le "cachat
piquant" qui est la plupart du temps composé de restes de fromages de chèvres
qui ont été rassemblés dans un bocal d'huile d'olive aromatisée.
Selon les régions, on trouvera également les croquants aux amandes, les
pralines, les bugnes ou autres "douceurs" locales. La bûche de Noël est
apparue sur la table calendale depuis plusieurs décennies en souvenir de la
cérémonie du cacho-fio. Plus tard, au retour de la messe de minuit, afin de se
ragaillardir, on dégustera le "sauvo-crestian" (sauve chrétien), des grains de
raisins muscats macérés dans l'eau de vie, le ratafia de cerises ou la
carthagène (vin préparé à base d'eau de vie) le tout ayant souvent été souvent
préparé dans la cave du maître de maison.
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