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Avez-vous déjà rencontré un "enfant indigo" ? On
dit qu'ils ont, dès leur plus jeune âge, une conscience éclairée des affaires
du monde. La petite Colombienne Sandra Sanchez est de ceux-là. Rumeurs et
rencontres.
C'est Éric Julien et les amis de Tchendukua qui
nous ont parlé d'elle les premiers - ils la parrainent à Paris, assurent le
lien avec ses sponsors français.
Une enfant prodige ! Dès sa petite enfance,
déléguée de sa classe, puis de son école, puis de toutes les écoles primaires
de Ciudad Bolívar, énorme faubourg déshérité de la capitale colombienne, la
petite Sandra Sanchez faisait preuve d'une incroyable maturité et d'un sens de
l'action étonnant. À 9 ans, elle animait déjà des rencontres pour aider les
enfants battus, ou les enfants filles mères, et réclamait un foyer pour les
personnes âgées de son quartier. À peine plus grande, tout le pays l'a vue, à
la télé, profiter d'une petite cérémonie officielle où le président Ernesto
Samper l'avait prise sur ses genoux, pour lui réclamer calmement, devant
caméras et micros, de financer ses projets sociaux. Impressionnant :
aujourd'hui âgée de 15 ans, Sandra se lève tous les matins à 5 heures, pour
faire son courrier et distribuer des consignes avant d'aller au collège.
L'après-midi, elle revient animer toutes sortes d'activité : avec des vieux,
dont elle va bientôt pouvoir inaugurer le foyer culturel qu'elle a conçu ;
avec des enfants, dont elle organise le soutien scolaire ou les jeux ; etc.
Après le dîner, pris en famille, elle devra encore répondre aux questions de
l'ONG colombienne qui la soutient, et elle ne pourra se coucher qu'à 23
heures.
Quel genre d'enfant est-ce là ? Elle a grandi
insouciante à Las Caleras, 200 km plus loin, en pleine nature, dans une
famille modeste et heureuse. À 7 ans, le choc : ils débarquent à Ciudad
Bolívar, réceptacle infernal de l'exode rural sauvage que connaît le pays
depuis 20 ans. Devenu l'un des plus pauvres et dangereux de la ville, ce
quartier abrite aujourd'hui plus de 900 000 habitants, la plupart paysans
chassés par la guerre entre forces armées, narco-trafiquants, paramilitaires
et guérilla. Chaque jour de nouvelles familles. Beaucoup sont âgés, sans
ressource. Taux de criminalité maximum. À 13 ans, une fillette sur deux a déjà
un enfant. Malnutrition, violence, drogue.
Sandra avait 7 ans quand elle a débarqué à
Ciudad Bolivar, le quartier le plus pauvre de Bogota. Au début, elle est
restée prostrée. Mais à 9 ans, elle était déléguée de toutes les écoles. Au
début, Sandra s'enferme dans ses souvenirs, ne veut rien voir du quartier, de
la misère extrême. Tout est trop différent. Pourtant, bientôt, elle écoute les
confidences de ses nouveaux amis, de plus en plus nombreux. Son père est
désormais chômeur, mais elle voit son oncle travailler - il est maire d'un
village proche. " C'est avec lui, dit-elle, qu'à 9 ans j'ai compris : je suis
ici pour aider les gens, c'est ma tâche."
Aujourd'hui, en Colombie, elle est célèbre :
volumineux press-book et deux vidéos sur elle, Tout le monde est bon et Le
pays de jamais plus jamais. En mai 2001, à l'invitation de Tchendukua, la
voilà en France, qui parle devant 2500 membres du Crédit Mutuel en congrès.
Calme, compétente, maîtrisant un discours impressionnant de diplomatie, très à
l'aise dans son tailleur d'executive woman, elle obtient leur soutien (80 KF)
pour l'un de ses projets. Ce n'est que le lendemain, lors d'une conférence de
presse bon enfant, dans le petit local de Tchendukua, qu'elle fait enfin ses
15 ans : tee-shirt blanc et jeans, détendue, tendre avec les amies qui
l'accompagnent et la traduisent, Sandra se raconte. Ainsi nous apprend-elle
qu'à 12 ans, elle a réussi à "forcer les portes de l'université", pour suivre
des "cours d'organisation" et qu'aujourd'hui encore, en dehors du
collège, elle étudie pour passer le diplôme de " leader démocratique " qui la
lui apportera ce qu'elle appelle la "capacitación". Cette information provoque
chez les journalistes deux types de réactions :
- Les plus critiques croient y voir la preuve que Sandra est un agent, à l'intérieur d'un réseau partisan, manipulé par le pouvoir
- Une future femme politique au service des classes dirigeantes ;
- Les autres, sans être complètement naïfs, ne
voient pas en quoi le fait d'avoir été sélectionnée par le système éducatif
colombien pour devenir "leader" invaliderait l'ensemble de l'engagement de
Sandra.
À la limite, qu'aucun système officiel ne l'ait
repérée n'aurait-il pas été plus inquiétant ? Eric Julien, son ami, nous
rappelle quant à lui aux réalités colombiennes, une société en pleine
déliquescence où le moindre CV est gros comme un bottin et où rien ne compte
plus que les titres. Quelqu'un demande à Sandra de quoi elle rêve. Elle décrit
une vie toute simple, où son père aurait retrouvé du travail, dans un quartier
où il y aurait un terrain de football et un jardin d'enfants. " C'est normal
que les enfants puissent s'amuser, non ? " .
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